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Histoire - Notre mémoire

Dimanche 2 novembre 2014 7 02 /11 /Nov /2014 18:08

141102_guerre_algerie.jpg 8 novembre 1954: Déclaration du Parti communiste français sur la situation en Algérie

 

La situation devient chaque jour plus sérieuse en Algérie. Plusieurs régions sont mises en état de siège, des villages entiers sont ratissés, des organisations dissoutes, des centaines d’hommes emprisonnés, des journaux démocratiques saisis ou suspendus. Les colonialistes et la presse à leur service poussent à une répression sans cesse accrue. Une telle situation préoccupe à juste titre la classe ouvrière et l’ensemble des Français.

Le Parti communiste français souligne que les événements qui se déroulent actuellement en Algérie résultent essentiellement du refus opposé par les gouvernants français aux revendications nationales de l’immense majorité des Algériens, ce refus s’ajoutant à une misère généralisée et croissante, conséquence directe du régime colonial qui sévit dans ce pays.

En prétendant nier l’existence en Algérie de problèmes politiques de caractère national, en s’obstinant à camoufler le régime colonial sous le vocable de « trois départements français », le gouvernement tourne le dos à la réalité algérienne et notamment à la volonté de tout un peuple de vivre libre et de gérer démocratiquement ses propres affaires.

Le Parti communiste français dénonce les mesures de violence prises pour tenter de briser le mouvement national algérien, qu’il s’agisse des véritables opérations de guerre actuellement en cours ou de la dissolution arbitraire du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, prétexte à une répression encore accentuée. La politique de force pratiquée par le gouvernement ne résoudra pas davantage les problèmes qui se posent en Algérie qu’elle n’a résolu ceux qui se sont trouvés posés en Indochine, en Tunisie et au Maroc ; ainsi qu’il en a été dans ces divers pays, une telle politique ne peut qu’aggraver la situation et rendre les problèmes encore plus difficiles à régler.

En de telles circonstances, fidèle à l’enseignement de Lénine, la Parti communiste français, qui ne saurait approuver le recours à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes, si même ils n’étaient pas fomentés par eux, assure le peuple algérien de la solidarité de la classe ouvrière française dans sa lutte de masse contre la répression et pour la défense de ses droits.

Il demande aux travailleurs, à tous les démocrates de manifester leur solidarité agissante à l’égard des centaines de milliers de travailleurs algériens obligés de s’exiler en France parce que les conditions du colonialisme les empêchent de vivre dignement, eux et leurs familles, dans leur propre pays.

Les travailleurs, les démocrates, les patriotes français s’opposent d’autant plus vigoureusement à la politique férocement colonialiste pratiquée en Algérie et dans toute l’Afrique du Nord qu’elle est étroitement liée à la politique de renaissance du militarisme allemand. Elle tend, en effet, à faciliter l’implantation de l’impérialisme germanique sur le sol africain, suivant les projets « d’industries franco-allemandes en Afrique du Nord et au Sahara » annoncés par le Président du Conseil. Elle en est, par cela même, plus néfaste encore et plus contraire à l’intérêt français et à la cause de la paix.

Le Parti communiste français déclare avec force que la seule voie permettant de mettre un terme à la situation présente consiste :

1-      A arrêter immédiatement la répression et à ramener en France les troupes et les forces de police acheminées en Algérie depuis trois mois ;

2-      A reconnaître le bien-fondé des revendications à la liberté du peuple algérien ;

3-      A discuter de ces revendications avec les représentants qualifiés de l’ensemble de l’opinion publique algérienne : délégués de tous les partis et mouvements nationaux, délégués des organisations démocratiques, professionnelles et culturelles, personnalités.

4-      C’est là le seul moyen d’avancer vers une solution démocratique des problèmes qui se posent en Algérie ; une solution conforme à la volonté ou à l’intérêt de l’ensemble des hommes et des femmes vivant en Algérie, mise à part une poignée de profiteurs de la colonisation ; une solution assurant la défense des intérêts de la France, ceux-ci ne pouvant être garantis que si les relations entre les peuples algérien et français se situent dans un climat d’amitié et de confiance réciproques.

5-      Le Parti communiste français est ainsi, une fois de plus, l’interprête de l’internationalisme des travailleurs, inséparable de l’intérêt national.

LE PARTI COMMUNISTE FRANçAIS.

Le 8 novembre 1954

 

 

UN INTERESSANT DOSSIER SUR LA GUERRE D'ALGERIE ET LE PCF:

 

 

50ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Documents et articles sur l’action du PCF.

Vivelepcf, 14 juillet 2012 

Le 19 mars 1962, les Accords d’Evian mettaient fin à la guerre d’Algérie. Le 5 juillet 1962, le peuple algérien recouvrait son indépendance.

132 ans d’oppression coloniale prenaient fin. Une période de presque huit ans de souffrances inouïes pour le peuple algérien s’achevait, de drames aussi pour les Algériens d’origine européenne et pour l’ensemble du peuple français.

Communistes, nous participons pleinement à la commémoration et à la célébration de cet anniversaire. Notre Parti, le PCF, nos camarades du PCA, Parti communiste algérien, ont joué un rôle important, décisif dans cette grande victoire contre le colonialisme, l’impérialisme, pour l’accession d’un peuple à son droit à disposer de lui-même.

A travers plusieurs textes historiques et plusieurs analyses d’aujourd’hui, nous souhaitons, modestement, participer à cet aspect des commémorations qui nous concerne plus directement. Nous en sentons d’autant plus l’importance que l’attaque a été incessante pour nier et dévaloriser les positions et l’action, unique en France, de notre grand Parti, quand, du PS à l’extrême-droite, toutes les autres formations politiques ont défendu, d’une façon ou d’une autre, les intérêts de classe de la bourgeoisie colonialiste et couvert sa sale « guerre sans nom ».

Pour le PCF, l’anticolonialisme est un élément fondateur.  

La huitième condition de l’adhésion à la 3ème internationale au Congrès de Tours stipule : « Dans la question des colonies et des nations opprimées, il est nécessaire qu’une attitude particulièrement marquée et claire soit prise par les partis des pays dont la bourgeoisie est en possession des colonies et opprime d’autres nations. Tout parti qui désire appartenir à la IIIe Internationale est tenu de démasquer les manigances de « ses » impérialistes dans les colonies, d’appuyer, non seulement par des paroles, mais par des faits, les mouvements libérateurs des colonies, d’exiger l’expulsion de ses impérialistes nationaux hors des colonies, de cultiver dans le cœur des ouvriers de son pays des relations vraiment fraternelles avec les populations ouvrières des colonies et des nations opprimées et de mener, dans les troupes de son pays, une agitation systématique contre toute oppression des peuples coloniaux ».

De la guerre du Rif en 1923 à la guerre d’Indochine, le PCF s’est montré fidèle, dans les positions et les actes, à cet engagement fondamental. L’Appel du 10 juillet 1940 de Jacques Duclos et Maurice Thorez, au moment où le peuple français doit lui-même se battre pour son indépendance, affirme qu’il « n’y a de Paix véritable que dans l’indépendance des peuples et les communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance, proclament aussi le droit à l’indépendance des peuples coloniaux asservis par les impérialistes. »

Concernant l’Algérie, l’anti-impérialisme, l’anticolonialisme, guident Maurice Thorez, lors dès son déplacement en 1939, quand il qualifie l’Algérie de « nation en voie de formation ». Ils amènent en 1954, après le 1er novembre, le PCF à affirmer clairement le « bien-fondé des revendications nationales du peuple algérien ».

EN LIEN : La déclaration du Bureau politique du PCF du 8 novembre 1954.

Le PCF est seul contre tous les autres partis politiques français, qui se sont tous rangés du côté des intérêts impérialistes. Dans une situation idéologique défavorable, le PCF s’applique à faire grandir le rapport de force pour la paix en Algérie en partant des intérêts objectifs de la classe ouvrière et de l’immense majorité du peuple français.

En 1956, après les élections de janvier, qui donnèrent une majorité de gauche à l’Assemblée, suivant une perspective politique d’union des forces de gauche, le PCF fait le pari d’une jonction à la base des travailleurs communistes et des travailleurs influencés par la SFIO pour une autre politique, notamment en Algérie. Ce pari, exprimé par le vote de confiance à Guy Mollet, échoue. La SFIO peut utiliser les pleins pouvoirs, que le gouvernement aurait obtenus par ailleurs, pour renforcer la répression colonialiste et pousser, de façon irréversible, l’escalade guerrière, élargissant le fossé entre les peuples.

Les communistes dénoncent aussitôt le double langage et ses sinistres conséquences.

EN LIEN : La déclaration du Bureau politique du PCF du 27 avril 1956, Paix en Algérie

(EN LIEN : Sur le combat des communistes du PCA en Algérie au même moment, lire un hommage à Henri Maillot, assassiné le 5 juin 1956.)

La guerre est dramatiquement meurtrière et ruineuse. Elle déstabilise le pays. L’opinion publique française se montre de plus en plus réceptive à l’analyse et à l’action des communistes. Le PCF développe la lutte, notamment dans les entreprises, également parmi le contingent. Cela comptera dans l’échec du putsch des généraux félons en 1961.

L’engagement, le sacrifice jusqu’à plusieurs années de dur emprisonnement des « soldats du refus », ces appelés refusant de porter les armes contre le peuple algérien, est une des formes les plus conscientes et courageuses d’action de militants communistes (écouter par exemple l’interview de Jean Clavel sur France Inter).

1958 : L’impérialisme français doit changer son fusil d’épaule et désigne de Gaulle pour assurer la persistance de ses intérêts. De Gaulle comprend que la domination impérialiste devra chercher de nouvelles formes, partition du pays, maintien de la mainmise sur les matières premières, etc. Mais il perpétue la guerre encore 4 années pour cela, se jouant entre autres des « européens » d’Algérie, prolongeant toutes les souffrances, continuant à couvrir l’usage de la torture…

Là encore, le PCF est la seule organisation politique, organisation de masse, à dénoncer et combattre le jeu du pouvoir gaulliste, à mener jusqu’au bout la bataille pour la paix, contre la résurgence fasciste.

En 1960, il démonte « l’autodétermination », version de Gaulle, à laquelle celui-ci a dû se résigner tout en cherchant à préserver les intérêts de la classe capitaliste.

EN LIEN : L’article du 11 mars 1960 de Maurice Thorez sur « l’autodétermination ».

Pour le pouvoir gaulliste, en aucun cas, les reculs inéluctables de l’impérialisme en Algérie ne doivent se traduire par une ava

ncée des forces progressistes en métropole. D’où la complaisance trouble du vieux réactionnaire et de son appareil pour le terrorisme fasciste de l’OAS, ses pratiques répressives jusqu’à la dernière heure, jusqu’au racisme d’Etat et aux crimes d’Etat du 17 octobre 1961 ou du 8 février 1962.

Le PCF est le premier à réagir à la répression atroce de la manifestation des Algériens en Région parisienne du 17 octobre 1961.

EN LIEN : La déclaration du BP du PCF du 18 octobre 1961.

Aussi contre la tentative de division des mémoires, l’article :  50ème anniversaire du massacre du 17 octobre 1961. L’Etat impérialiste a recours au crime raciste: souvenons-nous-en et opposons-lui l’unité des travailleurs !

Les militants communistes continuent de payer le prix fort de leur engagement pour la paix en Algérie, contre les fascistes de l’OAS et l’impérialisme gaulliste. Le massacre de Charonne en témoigne dramatiquement le 8 février 1962. Il n’empêche pas, au contraire, la montée du mouvement populaire.

EN LIEN : Le PCF après le massacre de Charonne le 8 février 1962.

La mémoire des victimes de Charonne illustre la portée du combat quotidien des communistes (et des cégétistes) dans les entreprises et les quartiers pour la paix, lire aussi Un hommage aux victimes de Charonne.

Malgré son acharnement, l’impérialisme français représenté par de Gaulle doit concéder les Accords d’Evian, signés le 19 mars 1962. 

Maurice Thorez appelle à voter « oui » au référendum d’avril 1962. EN LIEN : son appel « Oui à la paix ».

En mars 1962, le Parti communiste algérien salue le rôle décisif du PCF dans la grande victoire que les Accords d’Evian représentent pour le peuple algérien mais pour le peuple français :

« Le PCF a été le seul parti français à soutenir, avant la guerre de libération, l’aspiration de l’Algérie à l’indépendance. Au lendemain du 1er novembre 1954, il a été le seul parti français à donner les raisons politiques du soulèvement et à préconiser des négociations sur la base de la satisfaction des aspirations nationales de notre peuple.

Il n’a cessé de déployer durant ces années de guerre, des efforts patients pour rassembler les masses dans de larges actions, moyen décisif pour imposer en France la paix négociée aux colonialistes. Il a mené avec persévérance le combat politique et idéologique contre le chauvinisme et la thèse de « l’Algérie française ». Il a expliqué inlassablement aux Français le sens et la justesse de notre lutte nationale. Il a combattu les obstacles et manœuvres sur le chemin de la négociation… »

EN LIEN : L’intégralité de la lettre du PCA au PCF en lien.  

Un bel et juste hommage à une longue lutte qui doit continuer à inspirer les combats des communistes aujourd’hui contre l’impérialisme.  

 

Ce cinquantième anniversaire est bien sûr aussi l’occasion de faire le bilan de 50 années d’indépendance de l’Algérie. Ce n’est pas notre objet ici.

Nous renvoyons cependant, comme document, au programme du PCA du 18 avril 1962. On peut y lire dans l’avant-propos : « Pour que l’indépendance soit complète, les institutions coloniales doivent être remplacées par un État réellement démocratique, permettant à chaque Algérien de participer effectivement à l’exercice de la souveraineté nationale, de sortir les pays de son sous-développement et de l’amener rapidement au rang de nation moderne et prospère. »

 

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Mardi 28 octobre 2014 2 28 /10 /Oct /2014 12:41

131025 Huynh La cérémonie a lieu vendredi 24 octobre 2014 à 11 heures, devant le 6 avenue de la Porte Brancion, où notre camarade était domicilié. Une importante délégation du PCF Paris 15 et de la JC Paris 15 y a participé.

A noter, à côté des interventions des municipalités de Paris et du Quinzième, les prises de paroles de l'Amicale Chateaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt et de l'ambassadeur de la République socialiste du Vietnam, M. Duong Chi Dung.

 

Nous avons diffusé plus de 1500 tracts dans le quartier invitant à la cérémonie. Nous en reproduisons le texte ci-dessous. Le souvenir justement souligné cette année de Huynh Kuong An est indissociable de notre commémoration de l'assassinat dans les mêmes circonstances de Charles Michels, député communiste du 15ème.

 

TRACT A LA POPULATION

 

Nous appelons la population à venir nombreuse célébrer la mémoire de ce martyr de la Résistance, assassiné par les nazis à Chateaubriant, le 22 octobre 1941, avec Charles Michels, député communiste du 15ème arrondissement, Guy Môcquet, lycéen, jeune communiste du 17ème, et 24 autres camarades désignés aux Allemands par le gouvernement de Vichy.

Ils ont poursuivi jusqu’à la mort leurs longs combats des années 30 contre le fascisme, contre le capitalisme, contre ces puissances d’argent qui choisir le camp de l’ennemi. Le sacrifice de leur vie aura servi de référence morale au développement de toute la résistance intérieure au nazisme et à ses valets. Il a contribué aux grandes conquêtes sociales et démocratiques de la Libération.  

Huynh Kuong An était un immigré du Vietnam, à l’époque colonie française. Il a trouvé naturel de s’engager avec les progressistes français et leur avant-garde, le Parti communiste, dans leur cobat pour la justice sociale, pour la paix, pour la liberté. Il y a pris toute sa place, jusqu’à la mort glorieuse. Les communistes français étaient engagés contre le colonialisme. A leur tour, ils allaient s’élever contre la guerre d’Indochine, lutter pour l’indépendance du Vietnam, pour l’amitié entre les peuples français et vietnamien.

Avec Huynh Kuong An, nous célébrerons la mémoire de la Résistance, la participation en France à ses combats de nombreux progressistes originaires d’Indochine, d’Afrique du nord, d’Afrique noire, leurs idéaux antifascistes communs qui doivent toujours guider nos pas, la solidarité internationaliste.        

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Dimanche 17 août 2014 7 17 /08 /Août /2014 18:55

140817_stele_FTP_MOI.jpgGuy Poussy, ancien membre - entre autres - du Comité central du PCF, a publié sur ses pages internet ces textes de Georges Marchais et Henri Rol-Tanguy, prononcés à l'occasion de l'inauguration de la stèle en l'honneur des FTP-MOI en 1989.

Ils nous semblent oppotuns et importants à relire. Nous nous associons à son exhortation à honorer la mémoire des FTP-MOI, et à rappeler leur engagement exemplaire, 70 ans après la Libération de Paris.

 

 

 

Pour le 70ème anniversaire de la Libération de Paris et de sa Banlieue.

Allons fleurir la stèle FTP/MOI au cimetière du Père Lachaise à Paris.

 

 

Le 20 mai 1989, lors de l’inauguration de la stèle, Georges Marchais déclarait :

… Ces héros, ces martyrs n'étaient pas nés dans notre pays. Juifs, ou révolutionnaires - et, bien souvent, juifs et révolutionnaires, ils avaient dû fuir leur patrie parce que le fascisme les en avait chassés. Ces Français de préférence, ces étrangers et nos frères pourtant (...) qui criaient la France ! en s'abattant, comme l'écrira Aragon, avaient pour noms Epstein, commandant militaire des FTPF et des FTP-MOI de la région parisienne, fusillé ; Miret-Must, créateur des premiers groupes de FTP-MOI, mort sous la torture ; Manouchian, commandant des FTP-MOI de Paris, fusillé ; Joseph Boczov, fusillé ; Rayman, valeureux combattant FTP, fusillé ; les trois frères Fontano, fusillés ; Vasili Borik, officier de l'Armée rouge, prisonnier évadé, fusillé.

C'était les vingt-trois fusillés de l'Affiche rouge, les cinquante-trois fusillés de la section communiste juive, et tant et tant d'autres. (…)

Il y a deux siècles, la Révolution française accueillait déjà des hommes venus d'au-delà de nos frontières (…). La France s'honorera toujours de recevoir dans son sein et sous ses drapeaux ces soldats de la liberté qui viendront s'y ranger pour la défendre. Quelle que soit la patrie, ils ne seront jamais étrangers pour elle

(…) C'est donc tout naturellement que, à peine créé, le Parti communiste constitua un organisme spécifique permettant de développer l'action solidaire des travailleurs français et immigrés. Ce fut d'abord, en 1924, la «section de main-d'oeuvre étrangère », la MOE, qui deviendra en 1936 la MOI, « section de main d'œuvre immigrée ». A la même époque, les étrangers de même origine pouvaient également se retrouver dans des sections spécifiques de la CGTU.

Ces organisations ont joué un rôle majeur dans l'intense activité de solidarité qui s'est développée dans les années vingt en direction des antifascistes italiens qui fuyaient la dictature de Mussolini, ainsi que des exilés polonais ; puis, dans les années trente, en direction des antinazis allemands et des innombrables victimes des persécutions antisémites qui se déchaînèrent en Europe centrale et du Sud. (…)

.Nombre de ces hommes et de ces femmes arrivant en France trouvaient leur premier point d'appui au Comité antifasciste international, qui avait son siège là où se trouve aujourd'hui l'immeuble de notre Comité central. C'est de là que beaucoup partirent rejoindre, aux côtés de leurs camarades français, les Brigades internationales en Espagne.

Lorsque Franco l'emporta, au début de 1939, la plupart de ces combattants étrangers, repliés en France, y furent internés avant de connaître la déportation en Allemagne. Il y a ainsi eu cinquante ans, en avril dernier, que fut implanté à Gurs le premier camp de concentration en France. D'autres suivirent, tels les camps du Vernet dans l'Ariège et celui d'Argelès, dans les Pyrénées-Orientales. Fin 1939, ces militants étrangers furent rejoints dans ces camps par des communistes arrêtés, puis fin 1940, par des milliers de juifs. Au milieu de difficultés inextricables, des liens de solidarité plus forts encore se nouèrent ainsi entre ces victimes de la barbarie nazie de toutes nationalités. (…).

Notre parti constitua alors des organisations groupant les communistes de telle ou telle nationalité. Et, très vite, les exigences conduisirent à la formation de détachements de combat armés, les FTP-MOI dans lesquels se retrouvaient communistes et sympathisants d'origine immigrée.(…). Avec la section communiste juive, qui menait une activité de premier ordre, toutes ces unités de nationalités différentes exerçaient leurs activités en relation étroite avec la direction des FTPF, particulièrement avec Albert Ouzoulias et Henri Rol-Tanguy en Ile-de-France. Les dirigeants du Parti communiste, Jacques Duclos et Benoît Frachon, suivaient de façon constante l'ensemble de l'action des FTPF dont Charles Tillon était le responsable.

Avec un héroïsme sans pareil, ces hommes et ces femmes engagèrent le combat les mains nues, sans armes, sans argent, sans logement, sans papiers d'identité. Tout ce que cette lutte avait de terrible pour les patriotes français résistants prenait pour ceux qu'on appelait « les étrangers » des dimensions surhumaines.

Comme les autres communistes et FTPF, comme les forces diverses de la Résistance, ils payèrent un lourd, un très lourd tribut à la cause de la liberté.

C'est ainsi qu'en 1943, alors que les Alliés reprenaient l'initiative sur tous les fronts (…) la Résistance intérieure reçut des coups très durs. Jean Moulin, délégué du général de Gaulle et président du Conseil national de la Résistance, fut arrêté à Lyon avec plusieurs de ses compagnons et assassiné. Pierre Brossolette tomba également. Après Pierre Sémard, Gabriel Péri et tant d'autres dirigeants de notre parti, ce furent Danielle Casanova, France Bloch, Arthur Dalidet, Félix Cadras qui, avec de nombreux responsables communistes, furent arrêtés, torturés, déportés, fusillés. En région parisienne, les compagnies FTPF dont la compagnie FTP-MOI, subirent une répression féroce. (…) Depuis la Libération, un hommage mérité a été rendu en permanence aux combattants FTP-MOI, le Parti communiste et ses éditions ont publié de nombreux livres et brochures qui leur sont consacrés. « L'Humanité » et nos autres journaux leur ont souvent rendu hommage. Dans de nombreuses municipalités ayant un maire communiste, des plaques commémoratives, des stèles, des noms de rues perpétuent leur souvenir. (…)

Ce combat,( celui de la solidarité avec nos frères immigrés) nous le menons pour l'égalité des droits et des devoirs, pour conquérir ensemble de nouveaux acquis sociaux, économiques, démocratiques et culturels. Nous le menons contre la haine raciste - qu'elle vise les Maghrébins, les Africains, les Juifs, les Asiatiques - qui va parfois jusqu'au crime, comme nous venons d'en avoir à nouveau la révoltante expérience.

Ce combat est le combat de la liberté, des droits de l'homme, de la dignité humaine…

 

HENRI ROL-TANGUY, ancien commandant des FFI de la région parisienne lors des combats de la libération déclarait :

C'est au nom des survivants du long combat de nos camarades des FTP-MOI tombés au service de la France, commencé en Espagne en 1936 et achevé en 1945 en Allemagne, que je viens saluer leur mémoire, en fidèle compagnon d'armes. (…)

C'est d'abord, dans les Brigades internationales, que se sont soudés les liens fraternels, et que s'est forgée la volonté de combattre le même ennemi : le Reich hitlérien, bourreau des peuples et fauteur de guerre. Ainsi, dans la France battue et occupée en 1940, se sont retrouvés des hommes aguerris, engagés aux côtés des patriotes et de jeunes volontaires. Avec eux, et à l'appel du Parti communiste, est née la Résistance sur le sol national. (…)

En ce mois de mars 1942, les nazis ont perdu leur arrogance et, de leur propre aveu, 1 500 000 hommes sur les fronts soviétiques. Dans la région parisienne, depuis juillet 1941, les actions contre l'occupant se multipliaient.

Le Haut Commandement allemand à Paris décide alors de monter un procès public (…) et fait comparaître sept francs-tireurs des Bataillons de la Jeunesse de Paris, arrêtés depuis quatre mois. René Hanlet, Acher Semhaya, Robert Peltier, Christian Rizo, Tony Bloncourt, Pierre Milan, Fernand Zalnikov. L'acte d'accusation leur imputait 34 opérations de guerre. (…)

A défaut de pouvoir abattre les idées, les nazis allaient fusiller nos jeunes héros, au Mont Valérien, le 9 mars 1942. (…)

15 avril 1942. C'est le procès dit de la « Maison de la Chimie » : vingt-six combattants sans uniforme, et deux femmes. Ils ont infligé des pertes sensibles à la Wehrmacht. Ils ne seront que vingt-sept au procès. Le 28ème, Miret-Must ; fondateur des groupes francs FTP-MOI, est mort sous la torture. Le 27ème, Pierre Touati est sur une civière, les deux jambes brisées lors d'une tentative d'évasion. Vingt-cinq seront condamnés à mort : André Kirschen, quinze ans et demi, sera déporté. Karl Schoenhaar, dix-sept ans et demi, fils d'un député communiste allemand assassiné par les nazis, s'en glorifiera : Je mourrai comme mon père, pour la liberté, pour la France et pour l'Allemagne. Marie-Thérèse Lefèbvre est déportée, Simone Schloss, décapitée, le 2 juillet 1942, à Cologne. Tous diront au tribunal: Nous mourrons au cri de Vive la France ! Yves Kermen déclarera, au nom de tous : Notre cause est juste. Notre mort n'arrêtera pas la lutte ; au contraire, elle fera se lever à notre place des centaines de nouveaux combattants.

Ils étaient vingt-trois, fusillés au Mont-Valérien, le 16 avril 1942. Le 30 mai, Jacques Decour les rejoindra. Dans sa dernière lettre, il trace d'un trait simple et grand, la valeur et l'ampleur du combat, du sacrifice consenti : J'aurais bien pu mourir à la guerre, écrit-il à ses parents. Aussi, je ne regrette pas d'avoir donné un sens à cette fin. (…). L'année 1943 allait concrétiser bien des espoirs. La Sicile et l'Italie du Sud, la Corse sont libérés. Les armées soviétiques s'élançant de tous les fronts depuis Stalingrad, détruiront dix-sept divisions blindées nazies à Koursk, libéreront Kharkov, Smolensk, Kiev... Sur les fronts de France, les actions des FTP, des maquisards renforcés par les réfractaires au STO, l'organisation des FFI qui unira, dès 1944, toutes les forces de la Résistance, préparent efficacement l'insurrection nationale.

Les nazis vont alors reprendre l'idée d'un procès public; dans l'impossibilité de détruire la Résistance, ils vont tenter de la diviser. Ce sera le procès dit de l'Affiche rouge. La Résistance focalisée sur les étrangers et les juifs. La propagande nazie est aux abois: Elle n'a pas compris que la solidarité du peuple français pour les FTP-MOI était une des forces vivantes, fraternelles, de la Résistance.

Le 17 février 1944, à l'Hôtel Continental à Paris, vingt-trois FTP-MOI ayant participé à cent cinquante actions, de janvier à novembre 1943, défiaient la cour martiale. Cinq Italiens : Spartaco Fontano, Antonio Salvadori, Cesare Luccarini, Rino Della Negra, Amedeo Alfonso. Deux Arméniens : Missak Manouchian et Arpen Tavitian. Un Espagnol : Celestino Alfonso. Un Polonais : Stanislas Kubacki. Douze combattants juifs de nationalités différentes : Joseph Boczov, Emerio Glasz, Thomas Elek, Marcel Rayman, Szlama Grzywack, Willy Szapiro, Maurice Fingerweig, Wolf Wajsbrot, Léon Goldberg, Jonas Geduldik, Robert Witchitz, Olga Bancic. Deux Français : Roger Rouxel et Georges Cloarec.

Le 21 février, ils tomberont au Mont-Valérien, sous les balles nazies, en soldats de la Résistance. Olga Bancic sera décapitée, le 10 mai 1944, à Stuttgart, jour de son anniversaire ; elle avait trente-deux ans ! (…)

Le verdict n'avait qu'un seul but : faire peur et diviser la résistance. Ce fut un échec retentissant. L'Affiche rouge se couvrit d'inscriptions : « martyrs », « Morts pour la France » (...) Le combat, le défi des vingt-trois, leur courage, furent exaltés par la presse de la Résistance : L'Humanité, la Vie Ouvrière, France d'abord, les Lettres françaises, la Vie de la MOI, l'UJRE.

Le Parti communiste demanda au CNR de publier un manifeste... Louis Aragon immortalisera les vingt-trois (…) J'ai maintenant un fraternel devoir à remplir : saluer la mémoire d'un FTP-MOI légendaire, fusillé le 11 avril 1944, Joseph Epstein, le colonel Gilles, mon camarade au commandement des FTPF de la région parisienne, jusqu'à ma mutation à l'état-major des FFI,

Je salue la compagne du colonel Gilles, notre amie Paula Epstein ; son courage, sa modestie inspirent un profond respect, notre fraternelle amitié ; elle est des nôtres (…).

Lise Ricol-London est là, avec nous. Elle est pour tous les FTP, ses frères, un exemple de courage et de caractère.

Déportée, elle nous est revenue, avec son mari, Arthur London, notre regretté camarade, dirigeant des FTP-MOI avant d'être le responsable du TA, le travail allemand, des héros obscurs dans le sein même de la Werhmacht.

Ils sont honorés en République démocratique allemande; en France, la Résistance ne les oublie pas ! (…)

Garibaldiens, guérilleros espagnols, prisonniers soviétiques évadés, patriotes hongrois... et tant d'autres, vous avez renoué avec les traditions révolutionnaires de vos peuples et les exploits de vos anciens, des Armées de la Grande Révolution française, des francs-tireurs de 1871, de la Commune de Paris et des Brigades internationales d'Espagne!

Dans Paris insurgé, en août 1944, Soviétiques, Italiens, Polonais, Roumains, Bulgares, Yougoslaves, Tchécoslovaques... enfin vous tous qui aviez dans Paris une ambassade de votre pays, vous avez reconquis ce coin de terre qui symbolise la Patrie...

Et vous y avez arboré vos couleurs nationales, mêlées aux drapeaux de la République française délivrée par le commun combat !

Par PCF - Section Paris 15ème - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 10 août 2014 7 10 /08 /Août /2014 10:33

PCF, Paris 15ème, 10 août 1014

BATAILLE-du-RAIL---Rene-Clement.jpgLe 10 août 1944, sous l’impulsion de la CGT, est déclenchée la grève des cheminots de région parisienne. Il s’agit, à l’approche des armées alliées, de paralyser les transports allemands. Dans les dépôts et ateliers, le mot d’ordre est « grève insurrectionnelle pour libérer Paris ». Les initiatives, les actes, mobilisateurs, courageux, souvent héroïques, se succèdent.

La grève des cheminots a ouvert la voie à la grève générale insurrectionnelle du 18 août, à la libération de Paris par son peuple. « C’est dans l’action des cheminots pour la libération des leurs qu’est montée l’idée de la grève » rappelait André Tollet, président du Comité parisien de libération.

Elle marque aussi l’aboutissement de l’action décisive de la résistance ouvrière en général, cheminote en particulier, pour les conquêtes sociales et démocratiques de la Libération, telles qu’elles avaient été obtenues dans l’élaboration du programme du Conseil national de la Résistance.

Les revendications transmises à la direction de la SNCF traduisent la démarche constante, conséquente et rassembleuse des responsables syndicaux et politiques soucieux de cet objectif. Alors que les troupes alliées ne sont plus qu’à quelques dizaines de kilomètres, elles partent de préoccupations sociales immédiates : les salaires et les conditions de travail, leur joignent des propositions de rupture pour un avenir devenu tout proche : le statut, la démocratisation de l’administration de la SNCF, les lient avec la lutte imminente : l’exigence de la libération des cheminots emprisonnés, de la réintégration des révoqués.

La grève cheminote du 10 août arrive en conclusion de 4 années de « bataille du rail ». Par leurs fortes traditions de lutte, unifiées avec la création de la SNCF, par le caractère stratégique de leur secteur d’activité, les cheminots ont joué un rôle crucial dans la lutte contre l’occupant fasciste et ses valets. Ils l’ont payé cher : 800 fusillés au massacrés, 1150 morts en déportation.

Nous leur rendons hommage aujourd’hui, en même temps que nous commémorons le 70ème anniversaire d’une des grandes pages de l’histoire de la Résistance et du mouvement ouvrier.

 



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Vendredi 1 août 2014 5 01 /08 /Août /2014 12:23

140801_jaures_timbres.png Nous reproduisons ci-dessous l’introduction du dirigeant communiste Léo Figuères à ses articles de haut intérêt publiés en 1957 dans les « Cahiers du communisme » (janvier et avril) sur « la position de Jaurès et du jauressisme dans le mouvement ouvrier français d’avant 1914 ».

 

« La pensée et l’action de Jean Jaurès, la place qu’il tint dans le mouvement socialiste dans le mouvement ouvrier des années 1890 jusqu’en 1914 sont particulièrement complexes à analyser. Jaurès fut, sans nul doute, l’un des dirigeants socialistes les plus écoutés et les mieux suivis des masses laborieuses dans la période qui précéda la première guerre mondiale, l’un de ceux dont le souvenir a marqué toute une génération de lutteurs prolétariens. De l’autre côté, il fut le chef de file incontesté de la tendance réformiste du socialisme français de cette époque, et il contribua, de ce fait, à semer des illusions dans le prolétariat sur la possibilité de parvenir au socialisme par la voie parlementaire.

 

Intellectuel et démocrate petit-bourgeois, venu, comme tant d’autres, au socialisme quand ce dernier se développait impétueusement, il faut lui rendre cette justice qu’il se refusa toujours à s’en servir comme d’un tremplin pour parvenir au faîte des honneurs bourgeois. Tout en conservant jusqu’au bout des positions réformistes, Jaurès lutta positivement pour les intérêts du peuple ; il s’attira la haine de ses ennemis et tombera victime de sa lutte courageuse contre la guerre capitaliste. C’est pourquoi il conserve et conservera toujours une place au cœur des travailleurs de France et de tous les pays qui aiment ceux qui ont lutté et sont morts pour la cause de leur libération. Il convient donc d’essayer de dégager la personnalité et l’action de Jean Jaurès, tout à la fois des dénigrements systématiques et des panégyriques intéressés, de façon à pouvoir tirer des enseignements utiles de ses erreurs comme de ses qualités et à les faire servir aux luttes d’aujourd’hui. »

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Mardi 22 juillet 2014 2 22 /07 /Juil /2014 19:43

La section du PCF Paris 15 déplore l'absence de commémoration du 50ème anniversaire de la mort de Maurice Thorez. Elle n'admet pas les articles primaires et anticommunistes publiés dans l'Humanité et l'Humanité-dimanche et le silence de la direction du Parti. Elle considère que cet anniversaire, celui d'un homme dont l'histoire s'est confondue avec celle du Parti, jusqu'à 800.000 adhérents dans les entreprises, les quartiers et les campagnes, dans le Parti de classe, jusqu'à aussi 28% aux élections nationales, doit être l'occasion d'une vaste réflexion sur l'histoire du PCF et sur son actualité. Elle prendra, pour sa part, toutes les initiatves possibles dans ce sens.

 

Commémorer Maurice Thorez (1900 – 11 juillet 1964) : une nécessité pour le PCF et les communistes

Repris de EDT pour Vivelepcf, 11 juillet 2014

140720_thorez.pngIl y a 50 ans, le 11 juillet 1964, Maurice Thorez, mourrait d’une congestion cérébrale à 64 ans. Le 16 juillet 1964, sous une chaleur torride, des centaines de milliers de communistes, de sympathisants, de travailleurs défilaient à Paris pour ses obsèques. Pendant plus de 30 ans, la vie de Maurice Thorez, secrétaire général (président à la toute fin) du PCF, s’est confondue avec l’histoire de notre parti, dans sa période la plus structurante, à travers les plus dures épreuves, au moment de sa plus forte influence dans le pays. Dans l’histoire collective du Parti communiste français, en lien avec le mouvement communiste international, la personnalité de l’ancien mineur, devenu dirigeant politique et homme d’Etat, a joué un rôle propre, souvent décisif.

Pour le 50ème anniversaire de sa mort, la direction actuelle du PCF n’a absolument rien organisé : pas une célébration, pas un colloque, pas même une déclaration.

Nous ne pouvons pas nous empêcher de faire le rapprochement, auquel invite la coïncidence de date, avec les centaines d’initiatives impulsées par la direction du PCF pour célébrer Jean Jaurès, le dirigeant socialiste. Le culte d’un ancêtre d’un côté, l’oubli, le reniement d’un père fondateur de l’autre.

Depuis le début de l’année 2014, on trouve 7 articles dans l’Humanité quotidienne faisant, de près ou de loin, référence à Thorez, contre près de 300 à Jaurès…  sans parler des suppléments et des numéros spéciaux célébrant ce dernier.

Ces choix mémoriels correspondent évidemment à la ligne politique poursuivie par la direction du PCF, celle de l’effacement de l’identité de classe du Parti pour n’en garder que le nom et le diluer dans une recomposition de « gauche ». Deux choses nous semblent importantes.

Premièrement, on peut et doit pousser la direction du Parti à assumer ouvertement ses choix, en l’occurrence le choix de ses références historiques.

Deuxièmement, pour Jaurès mais surtout pour Thorez, on peut et on doit relancer le débat et l’analyse critiques sur leur action, aussi sur leur conception de la voie vers le socialisme, d’un point de vue communiste, pour travailler à défendre et reconstituer le parti communiste de classe et de masse.

Loin de nous l’idée qu’il ne faille pas commémorer la grande personnalité historique et éclectique de Jaurès cette année ! Notamment pour contrecarrer les récupérations – même de droite – et le procès en béatification à « gauche ».  

Mais, d’un point de vue communiste, il y a un fossé entre d’une part, reconnaître dans Jaurès un maillon vers la constitution du parti ouvrier de type nouveau, du PCF et de l’autre, vouloir retourner aux conceptions de Jaurès. C’est bien ce deuxième objectif qu’embrassent la direction du PCF et celle de l’Humanité. Le changement par étapes du sous-titre de l’Huma, « d’organe central du Parti communiste français » à « Journal fondé par Jean Jaurès » le résume parfaitement. Pourtant, à une voix d’administrateur près en 1920 (le communard Camélinat), l’Huma restait aux mains des socio-démocrates…

Si Jaurès a très lentement évolué vers le socialisme, le marxisme, s’il a contribué à unifier un parti socialiste, s’il a créé l’Humanité, s’il s’est montré un défenseur sincère et courageux de la paix, ce n’est pas lui faire injure que de constater qu’il « exprimait l’idéologie des couches de la petite bourgeoisie sympathisantes avec le socialisme, et non l’idéologie de la classe ouvrière » (selon la formule de Georges Cogniot). Il ne s’est jamais sorti du parlementarisme et de la conception démocratique bourgeoise. C’est au retour à cela, avec l’abandon du Parti de classe, que travaillent les directions du PCF depuis la « Mutation » de Robert Hue. Jaurès à l’autre grand avantage d’être l’aïeul également de ces socialistes avec lesquels la direction du PCF veut tellement s’unir et se fondre.

Maurice Thorez, tout au contraire, est la personnification et un acteur principal de la constitution du Parti de classe en France.

Ostraciser la mémoire Thorez aujourd’hui s’expliquerait parce qu’il était et se disait ouvertement « stalinien ». Le seul article, très long, dans l’Humanité Dimanche sur le 50ème anniversaire est une tribune de l’historien, plutôt du psychologue de comptoir, Stéphane Sirot. Il n’a qu’une obsession, réduire Thorez à l’objet (même conscient et consentant) d’un culte de la personnalité, à un personnage fabriqué suivant les consignes de Moscou. C’est lamentable !

Oui, le culte de la personnalité et les aspects ridicules d’une dévotion organisée méritent d’être critiqués, au-delà de la remise dans le contexte. Thorez lui-même avait amorcé – trop tard – cette critique. Mais réduire Thorez et le PCF à cela, dans les pages de l’Humanité-dimanche, c’est insultant pour les communistes !

En 1935, en 1950, quel communiste français n’était pas « stalinien » d’une certaine façon ? Ceux qui en sont choqués aujourd’hui sont ceux qui veulent débaptiser le Parti, qui lui trouvent des valises de plomb à porter, ne supportent pas ses emblèmes. Avec ce parti pris, ces apparatchiks renégats devraient excommunier tous les dirigeants historiques du PCF. Tiens, pour un citer un par hasard, de second plan à l’époque, Paul Laurent (à moins qu’ils nous expliquent que Laurent ne disait pas ce qu’il pensait…). Ils ont de la place ailleurs.

Communistes, nous devons assumer ce passé, les erreurs, même tragiques, notamment les travers dans la prise de décision, la déformation du centralisme démocratique. Mais nous considérons que ce passé est aussi le nôtre et doit servir d’enseignement à ceux qui veulent continuer le Parti communiste français.

Tout communiste ne pouvait qu’être « stalinien » comme Maurice Thorez, d’une certaine façon, parce que Staline, c’était l’URSS et que l’URSS était à la fois le pays de la Révolution d’Octobre, le seul pays où le peuple et son avant-garde avaient battu le capitalisme et le point d’appui de tout le mouvement ouvrier, émancipateur, anticolonial dans le monde. Aussi parce que les échecs du stalinisme – sans parler des drames – sont apparus au grand jour plus tard, et toujours dans un contexte de lutte des classes mondiale et d’anticommunisme féroces.

Mais Thorez, c’est infiniment plus dans l’histoire de notre Parti et de notre pays. Ouvrier devenu intellectuel organique et homme d’Etat : les historiens sociaux-démocrates, formés à la subordination à l’idéologie dominante, peuvent ricaner, ergoter sur les reformulations de son autobiographie « Fils du peuple », mais Thorez l’était et en cela aussi, sans aucune discrimination pour les intellectuels de profession, il représentait le Parti et la capacité de tous les travailleurs à prendre leurs intérêts en main, à en faire l’intérêt général, grâce au Parti communiste.

A propos, c’est à Thorez ministre que l’on doit, entre autres, le statut de la fonction publique.

Thorez est aussi celui qui initie et incarne une certaine politique unitaire marquée par le rassemblement antifasciste, le Front populaire, la Libération. La non-participation au gouvernement en 36 est un choix controversé mais qui s’est vite avéré juste devant l’orientation de Blum.

Cette stratégie du rassemblement s’est exprimée en 1946 dans la fameuse interview au Times, où Thorez envisage d’autres possibilités de passage au socialisme que l’exemple russe. Mais chaque fois, la politique audacieuse d’union qu’il propose et met en œuvre avec ses camarades, se fait sur la base d’un PCF fort, en progrès, ancré dans la classe ouvrière. Cela ferait presque rire quand certains citent Thorez pour justifier des alliances électoralistes ou des « gauches plurielles ».

L’interview du Times, répondant à la fois à un contexte historique particulier marqué par les 28% du PCF aux législatives et la création des démocraties populaires, où les nationalisations étaient des concessions au mouvement ouvrier, a ouvert une perspective de prise du pouvoir par les partis des travailleurs que le système a mis des années à étouffer dans l’Union de la gauche. Mais la vision de Thorez reste féconde.

Il y en a assez aussi d’entendre citer Thorez par la droite régulièrement pour expliquer qu’il « faut savoir finir une grève » en oubliant d’ajouter la suite de la citation de 1935 « dès l’instant où les revendications essentielles ont été obtenues ». Thorez a été responsable syndical. Le rapport entre le Parti à l’entreprise et le syndicat sont une de ses préoccupations essentielles. Toute revendication doit être politisée mais toute action politique doit partir de l’objectif de la satisfaction de la revendication. La citation de 1935 a un précédent, explicité en interne en 1932 : « Savoir terminer une grève peut être plus important que la déclencher ; il faut apprendre à conclure parfois une sorte d’armistice, à ne pas insister sur toutes les revendications pour obtenir la rentrée avec un mouvement conscient de sa force et prêt à d’autres luttes ». Oui.

De Thorez, on devrait évoquer aussi, dans les contradictions historiques successives, l’engagement et les initiatives anticolonialistes, dès l’opposition à la guerre du Rif. De Thorez, on devrait évoquer le rejet de l’atlantisme et des prémices de l’Union européenne avec le Plan Marshall. De Thorez, on devrait étudier les analyses affûtées de la situation politique comme au congrès du PCF de Villeurbanne de janvier 1936, document historique essentiel, observation concrète d’une situation concrète, fidèle aux principes fondamentaux du marxisme-léninisme, à quelques mois de la victoire du Front populaire.

Oui Thorez se confond avec toute l’histoire du PCF. Il en a été un acteur dirigeant. Mais l’histoire, le fil de  ses événements, masquent parfois le principal. Pour nous communistes de 2014, le principal est peut-être que Thorez a été, là encore incarnation et acteur majeur de la construction du PCF comme Parti de classe et de masse, centré sur la lutte des classes, organisant et renforçant ceux qui ont le plus intérêt à la mener et qui portent la perspective politique révolutionnaire se jouant et se déjouant des pièges de la démocratie bourgeoise.

Oui Thorez peut continuer à inspirer les communistes, les marxistes-léninistes en France en 2014.

Il n’y a pas une bourgade qui n’ait son avenue Jean Jaurès. Il y a peu de villes qui ont une rue Maurice Thorez et ce ne sont pas n’importe lesquelles.

Oui l’héritage de Thorez est totalement révolutionnaire, donc guère récupérable par l’opportunisme !

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Lundi 7 juillet 2014 1 07 /07 /Juil /2014 12:33

131025 Huynh Apposition d’une plaque commémorative en hommage à Huynh Khuong An au 6, avenue de la porte de Brancion

Pcf Paris 15, 7 juillet 2014

 

Le Conseil de Paris des 7,8 et 9 juillet 2014, après approbation du Conseil d’arrondissement du 15ème, va adopter la délibération prévoyant l’apposition d’une plaque commémorative, 6 avenue de la Porte Brancion en hommage à notre camarade Huynh Khuong An.


Elle portera ce texte :


« Ici a vécu Huynh Khuong An dit Luisne (1912-1941), enseignant et résistant communiste, interné au camp Choisel à Châteaubriant, il fut fusillé avec vingt-six autres otages le 22 octobre 1941.»

 

En octobre 2013, pour le 73ème anniversaire de l’assassinat de Huynh Khuong An, notre secrétaire, membre du Conseil national du PCF, avait prononcé cet hommage à l’occasion d’une commémoration organisée par plusieurs associations d’amitié franco-vietnamienne.

 

HOMMAGE À HUYNH KHUONG AN dit LUISNE - 07/04/1912  -  22/10/1941

 

 

 

Samedi 26 octobre 2013, Paris, cimetière du Père Lachaise

Intervention d’Emmanuel Dang Tran, membre du Conseil national du PCF

Mesdames, Messieurs,

Je m’exprime aujourd’hui en tant que membre du Conseil national du Parti communiste français. Les conditions de préparation de la cérémonie n’ont pas permis d’écrire un message officiel. Mais, en une telle occasion, je sais pouvoir parler au nom de l’ensemble de la direction du PCF et des communistes.

Je tiens d’abord à adresser nos meilleures salutations aux représentants de l’Ambassade du Vietnam et du Parti communiste Vietnamien.

Je tiens aussi à adresser nos remerciements aux associations qui sont à l’origine de cette très heureuse initiative.

Nous commémorons cette semaine le 72ème anniversaire de l’assassinat par les nazis de 27 communistes, de 27 patriotes le 22 octobre 1941 à Châteaubriant.

La mémoire de ce martyre allait immédiatement devenir un symbole, un ferment pour le développement de la Résistance à l’occupant et à ses collaborateurs.

Guy Môcquet, Jean-Pierre Timbaud, Charles Michels et les autres, continuent d’alimenter l’histoire vivante du mouvement émancipateur de notre pays.

Parmi eux, dans le camp, parmi les martyrs, figurait un communiste, conséquent, courageux, comme les autres. Il avait une spécificité, celle d’être Vietnamien, Indochinois comme on disait alors improprement, Annamite comme il est écrit, également improprement, sur cette plaque même.

Huynh Kuong An était né à Saïgon en 1912. Il avait été envoyé tôt poursuivre ses études en France, jeune mais déjà imprégné par sa famille du sentiment patriotique et anticolonialiste.

Naturellement en France, il rejoint le Parti de la classe ouvrière, celui de l’anticolonialisme, le PCF.  Ses camarades lui confèrent rapidement des responsabilités. En 1936, il est devient secrétaire de l’Union des étudiants communistes, l’UEC, à Lyon. Il organise entre autres les contacts et la fraternisation avec les ouvriers, notamment des usines Berliet.

Après 1939, après le début de l’Occupation, il participe activement au maintien et à la reconstitution de l’organisation communiste, contre le capital français collaborationniste, contre l’occupant. Il s’attache notamment au maintien du contact avec l’Union soviétique. En 1940, il est nommé professeur à Versailles.

Il est arrêté en mars 1941, peu après sa compagne Germaine Barjon, qui a survécu au camp de concentration de Ravenbrück, et à qui il a adressé sa dernière lettre, très émouvante.

Il est assassiné par les nazis avec ses 26 camarades le 21 octobre 1941.

Au même moment, les communistes vietnamiens, guidés par Hô Chi Minh, affrontent les fascistes japonais, avec lesquels les colonialistes français ont cru pouvoir collaborer.

L’action et le sacrifice de Huynh Khuong An préfigurent l’engagement de nombreux hommes et femmes issus de l’immigration dans la Résistance, la constitution par les communistes des FTP-MOI.   

Le même choix de la cause des travailleurs, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes allaient alimenter, réciproquement, l’engagement des communistes français contre la guerre d’Indochine, certains, dans les pires conditions, au Vietnam même.

En ces temps où, plus que jamais, les exploiteurs s’efforcent d’opposer, de mettre en concurrence les travailleurs suivant leurs origines, des exemples que celui de Huynh Khuong An sont importants à honorer.

Avec Khuong Huynh An, nous célébrons le meilleur de l’amitié franco-vietnamienne.   Nous célébrons un des plus beaux exemples de la communauté d’idéal et de lutte entre les communistes français et les communistes vietnamiens. Indissociable de celle de ses camarades de martyre, nous célébrons une figure héroïque de l’internationalisme prolétarien, qui, avec eux, s’abattit sans haine en lui pour le peuple allemand.

 

 

Ci-dessous, en photo, les derniers mots écrits par Khuong Huynh An sur les une palissade des baraquements du camp de Châteaubriant et le texte de sa dernière lettre à son épouse.

 

  131025 plaque Huynh

 

DERNIERE LETTRE DE KHUONG HUYNH A SA COMPAGNE GERMAINE BARJON

 

Camp de Choisel ce mercredi 22 octobre 1941 à 14 heures

 

Ma chère Germaine,

Sois courageuse, ma chérie. C'est sans aucun doute la dernière fois que je t'écris.

Aujourd'hui, j'aurai vécu. Nous sommes enfermés provisoirement dans une baraque non habitée, une vingtaine de camarades, prêts à mourir avec courage et avec dignité. Tu n'auras pas honte de moi. Il te faudra beaucoup de courage pour vivre, plus qu'il n'en faut à moi pour mourir. Mais il te faut absolument vivre.

Car il y a notre chéri, notre petit, que tu embrasseras bien fort quand tu le reverras. Il te faudra maintenant vivre de mon souvenir, de nos heureux souvenirs, des cinq années de bonheur que nous avons vécues ensemble.

Adieu, ma chérie.

Mes baisers

Mes dernières caresses.

À tes parents mes affectueux baisers.

Huynh Khuong An

EN LIEN :

NOTRE HOMMAGE A CHARLES MICHELS

NOTRE HOMMAGE A GUY MOCQUET

 

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Mardi 10 juin 2014 2 10 /06 /Juin /2014 12:05

 

70ème anniversaire du massacre d’Oradour-sur-Glane

Pcf Paris 15, 10 juin 2014

 

Après le débarquement du 6 juin 1944, la division allemande SS « Das Reich » déployée jusqu’alors dans le Sud-Ouest est envoyée combattre en Normandie. Dans son ordre de mission, figure aussi, au passage, de réprimer la Résistance et d’intimider les populations. Dans cette œuvre sinistre, la division « Das Reich » se distingue par l’exécution de 99 otages à Tulle le 9 juin. Le 10 juin, elle perpétue le massacre de la quasi-totalité de la population du village d’Oradour-sur-Glane, 642 personnes, fusillées ou brulées vives, hommes, femmes et enfants. Avec le nazisme, la barbarie et le sadisme sont organisés et pensés comme un mode d’action. A Oradour, les SS reproduisent un schéma méthodique mis au point et expérimenté dans des centaines de localités en URSS ou à Lidice en Tchécoslovaquie.

140610_senon_oradour.jpg Nous reproduisons ci-dessous le témoignage d’une des rares rescapées d’Oradour, notre camarade Camille Senon, telle qu’elle a été interviewée par l’Humanité en 1994 (voir aussi dans l’Huma de ce jour le témoignage de Raymond Hébras). Elle a perdu son et une douzaine de membres de sa famille dans le massacre. Elle fait partie des quelques personnes rentrées assez tard de Limoges en tramway pour ne pas pouvoir regagner le village en feu. Camille Senon est devenue après-guerre, et restée jusqu’à l’aube des années 80, une militante et dirigeante importante de la CGT et du PCF aux Chèques postaux dans le 15ème et à la fédération CGT des PTT.

Elle continue encore et toujours d’accompagner, à 89 ans, des groupes, notamment des jeunes, à Oradour. Elle a exprimé publiquement récemment son effroi devant la montée du FN à Limoges mêmes – 17% aux municipales – le Parti de ceux qui minimisent les crimes nazis.

Elle continue à demander, comme les autres survivants, comme les associations, que toute la lumière soit faite sur l’origine du massacre et les donneurs d’ordres.

La plupart des criminels sont restés impunis, à l’exception d’un seul jugé par la RDA. Après la réunification, la RFA lui a accordé une pension de victime de guerre !

Oradour-sur-Glane : le pardon est impossible ! La vérité doit être faite !

 

 

« Nous voyions le village brûler devant nous » - Interview de Camille Senon, dans l’Humanité du 8 juillet 1994

 

 

 

MARIE-CAMILLE SENON rentrait ce soir-là chez ses parents, comme tous les samedis, au hameau du Repaire, tout près d'Oradour. Après une semaine de travail, la jeune fille prenait le tram, qui assurait trois fois par jour la liaison Limoges - Saint-Junien avec halte à Oradour. Lorsque Marie-Camille est arrivée à la gare de Limoges, au milieu de l'après-midi, il y avait bien des signes que quelque chose n'allait pas à Oradour-sur-Glane. Au point que, jusqu'au dernier moment, nul ne savait si le voyage allait être assuré. En début d'après-midi, un tram de manœuvre avait essuyé des rafales de mitrailleuses avant d'arriver au village, et le conducteur avait eu juste le temps de repartir au plus vite à Limoges. Avec, à son bord, un ouvrier tué. Impossible d'en apprendre davantage: les lignes téléphoniques étaient coupées.

Malgré cette situation inquiétante, après bien des hésitations, le tram partit. A cinq cents mètres avant l'arrivée, les SS stoppèrent le tramway.

«C'était le soir, se souvient Marie-Camille, et nous sommes restés longtemps à attendre devant Oradour qui brûlait devant nous. C'était comme irréel, nous voyions les flammes sortir du clocher de l'église. Nous entendions des rafales de mitraillettes. Nous avons vu des soldats incendier des fermes qui bordaient le village. Ils lançaient des objets et tout s'embrasait immédiatement, c'étaient des grenades incendiaires ou des plaquettes de phosphore.»

Les Allemands ont fait descendre les voyageurs pour Oradour et ont renvoyé le tram en direction de Limoges.

«Nous étions vingt-deux, dont quatre enfants. Nous avons été conduits à travers champs, après avoir traversé la Glane sur des troncs d'arbre, dans une ferme qui servait de PC aux Allemands. Il était environ 7 heures du soir. Nous ne savions pas encore que tous les habitants avaient été tués. Cela ne coupait pas l'appétit de sept ou huit SS attablés dans la cour, qui se tartinaient de larges tranches de pain avec des rillettes trouvées sur place (nous étions en pleine période où l'on tuait les cochons avant les foins).»

Marie-Camille se souvient d'un Alsacien (reconnaissable à son excellent français) qui lui a montré une grenade américaine et prétendu qu'on en avait trouvé dans toutes les maisons.

«L'homme ajouta que les femmes et les enfants brûlaient dans l'église. L'angoisse augmentait toujours. Nous échangions peu de paroles entre nous. Les soldats nous narguaient, nous disaient que nous allions mourir. «Vous avez peur, tout le monde a été tué», nous a dit l'un d'eux. Près de nous, ils creusaient une fosse, cependant que d'autres SS nous encerclaient.»

«Vers 22 heures, un officier est arrivé, visiblement surpris de nous voir en vie. Il nous a demandé nos papiers, qu'il n'a même pas regardés. Pourquoi nous a-t-il laissé repartir, je l'ignore. Peut-être pensait-il que nous n'avions rien vu...»

Marie-Camille Sénon avait perdu ce jour-là son père, son grand-père, tous ses cousins, son oncle, qui tenait le café du Chêne. Sa mère, en visite ce jour-là chez sa sœur, à quinze kilomètres de là, n'a pu traverser Oradour, déjà en flammes lorsqu'elle voulut rentrer le soir au Repaire.

Plus tard en 1953, Marie-Camille Sénon sera citée à comparaître comme témoin au procès de Bordeaux jugeant les treize Alsaciens et les... Allemands qui avaient participé au massacre. Elle se souvient s'être vu reprocher sournoisement son appartenance au Parti communiste français, ce qui mettait en doute son objectivité... On sait ce qu'il advint des accusés de Bordeaux, amnistiés par l'Assemblée nationale, à la seule exception de tous les députés communistes français et des députés socialistes du seul Limousin. Jusqu'en 1965, la liste des députés ayant voté cette honteuse amnistie était affichée à l'entrée du village martyr. Pour mémoire.

 

Propos recueillis par Jean-Paul Piérot. 

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Lundi 12 mai 2014 1 12 /05 /Mai /2014 10:59

8 mai 1945 : la nécessité de commémorer encore accrue en 2014 avec les événements d’Ukraine.

Pcf Paris 15, 8 mai 2014

140508_une_Huma_8_mai.jpg Le 8 mai 1945, il y a 69 ans, l’Allemagne nazie capitulait enfin, sans conditions, sous les efforts conjugués des armées alliées, des résistances nationales antifascistes. Cette victoire précipitait la capitulation du Japon nationaliste.

Le fascisme était vaincu. Les responsables immédiats d’un déchaînement inédit de violence, de crimes, de barbarie, de volonté d’anéantissement de peuples entiers, de racisme étaient défaits. Le monde recouvrait la paix.

L’anniversaire du 8 mai 1945 doit rester plus que jamais rester un repère historique majeur. Les peuples, notre peuple, ne doivent oublier ni les crimes, ni les sacrifices.

Hommage doit toujours être rendu aux dizaines de millions de combattants et de victimes de la 2ème guerre mondiale, à ceux qui ont permis, au prix souvent le plus fort, la libération de la domination fasciste.

Hommage à ceux qui venaient d’Amérique, de Grande-Bretagne, de France, des Forces libres comme des Forces de l’intérieur, parmi lesquelles tant de nos camarades communistes.

Hommage à ceux de tous les pays, y compris les résistants antifascistes allemands.

Hommage aux combattants et aux peuples de l’Union soviétique qui payèrent le plus lourd tribut à la reconquête de la paix et de la Liberté.

 

En 2014, la nécessité de cette commémoration est rendue encore plus impérieuse alors que des spectres fascistes se réveillent un peu partout en Europe et horriblement en Ukraine.

La disparition de l’Union soviétique et la restauration capitaliste ont ravivé les nationalismes et les prétentions impérialistes sur ses territoires.

 

Nous assistons avec effroi à l’arrivée au pouvoir en Ukraine à Kiev, dans un gouvernement issu d’un coup d’Etat, de formations néonazies dotées de milices puissamment armées (par qui ?). Elles se réclament des collaborateurs ukrainiens, sinistres complices des crimes nazis entre 1941 et 1945.

Depuis des semaines se succèdent des mesures et des campagnes xénophobes. Les populations juives, russes doivent supporter menaces et intimidations. Les opposants politiques sont pourchassés. Les militants du Parti communiste ukrainien notamment sont attaqués physiquement, lynchés, ses députés frappés en pleine séance du Parlement, exclus des débats. Les autodafés, les attentats se multiplient. L’horrible incendie volontaire de la maison des syndicats d’Odessa a fait plus de 40 morts.  

Les formations néonazies ont bien les méthodes des nazis. Les gouvernements des puissances occidentales ferment les yeux. Leurs médias, notamment les médias français, minimisent les exactions commises. Autant que possible. Les journalistes de la télévision allemande ARD ont quand même pu mener l’enquête et établir que nombre des morts de la place Maïdan – l’assassinat collectif qui a légitimé le coup d’Etat – avait été tués par les milices fascistes elles-mêmes.  

Les impérialismes américain et européens ont cherché à annexer économiquement les richesses, le marché et la main-d’œuvre ukrainiens en essayant d’imposer au pouvoir faible et corrompu du président Ianoukovitch l’accord « d’association » avec l’Union européenne. Leur objectif reste le même. Après l’échec de l’accord, ils n’ont pas hésité à soutenir et alimenter, politiquement et financièrement, les forces nationalistes et les néonazis dans leur offensive de déstabilisation du pays aboutissant au coup d’Etat. La colère sociale et les aspirations démocratiques de certains manifestants de la place Maïdan ont été cyniquement détournées.

Directement visé, le pouvoir russe, capitaliste, réagit pour défendre sa propre sphère d’influence. Il utilise le désarroi et la détresse des populations russes (de Crimée) et russophones du reste de l’Ukraine, mais aussi les indéniables imbrications économiques, historiques et culturelles entre Russie et Ukraine, l’antifascisme viscéral d’une partie de la population depuis la 2ème guerre mondiale.

Dans la violence, au risque de la guerre civile, d’une mainmise fasciste complète sur une partie de l’Ukraine, les impérialismes font monter les enchères pour préparer le compromis de répartition des zones d’influence.

Communistes, nous n’approuvons pas l’instrumentalisation par le pouvoir russe de la commémoration du 8 mai (en l’occurrence du 9 mai – les Soviétiques célébraient la signature de la capitulation à Berlin) et de l’antifascisme à des fins expansionnistes et militaristes.

Mais en ce jour, solennellement, nous appelons le président et le gouvernement de notre pays, la France, à dénoncer les exactions néonazies en Ukraine, à cesser de soutenir et à condamner le gouvernement usurpateur nationaliste et fasciste qui s’est installé à Kiev, à se désolidariser des positions des Etats-Unis et de l’Union européenne.  

Les conditions doivent être créées d’une expression démocratique réelle des populations d’Ukraine, libérées des pressions fascistes et impérialistes.


L’anniversaire du 8 mai appelle d’autant plus le rappel de quelques faits essentiels.

Les immenses espoirs de paix de la Libération ont rapidement été déçus. Le 8 mai 1945 même, et les jours qui ont suivi, le colonialisme français écrasait dans le sang des manifestations, inspirées de la célébration de la victoire, à Sétif notamment,  du peuple algérien, aspirant à son émancipation. Cette répression annonçait les terribles guerres coloniales.

Très rapidement, sous l’égide de l’impérialisme américain, les impérialismes européens s’associent dans ce qui allait donner naissance à la « Communauté européenne du charbon et de l’acier », CECA en 1951, puis à la Communauté économique européenne en 1957 rebaptisée Union européenne. Ils entendaient contrer le camp socialiste, les luttes des travailleurs que son existence et les acquis de la Résistance ont renforcées.   

Les institutions européennes se sont appliquées à restaurer l’impérialisme allemand, à reconstituer ses « konzerns », les groupes capitalistes qui avaient financé Hitler et prospéré sous le 3ème Reich – par exemple Siemens – y compris par l’exploitation de la main d’œuvre des camps de concentration, à recycler les anciens nazis.

 

Fidèle à sa vocation, l’Union européenne défend partout les intérêts des trusts capitalistes, soutient les guerres impérialistes, en Irak, Libye, au Mali etc., fait le lit du fascisme comme en Ukraine.

Avec constance, de façon larvée, certains s’appliquent sinon à remplacer l’anniversaire du 8 mai 1945, à l’identifier, dans une « fête de l’UE », avec celui du 9 mai 1950, date de l’annonce de la création de la CECA par un certain Robert Schumann, « père fondateur de l’UE », politicien qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940.

Giscard d’Estaing, qui avait déjà supprimé le 8 mai comme jour férié en 1975, remet ça. L’auteur de la « constitution européenne » prétend faire travailler un jour de plus les Français (le chômage, ça ne le trouble pas plus aujourd’hui qu’hier) et affirmer la « réconciliation franco-allemande ».

Après notre camarade Emile Torner, ancien déporté-résistant récemment décédé, nous disons que les peuples allemand et français n’ont pas à se réconcilier parce que, en tant que peuple, ils n’ont pas été fâchés : les résistants français s’abattaient « sans haine en eux pour le peuple allemand » et réciproquement. Mais avec les nazis, les fascistes, allemands ou d’autres pays, leurs complices, il n’y a pas de réconciliation possible.

Défendons les valeurs représentées par le 8 mai ! Vive le 8 mai !  

Par PCF - Section Paris 15ème - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 26 avril 2014 6 26 /04 /Avr /2014 18:34

Journée de la déportation – dimanche 27 avril 2014

140427_memorial_dachau.jpgLa cérémonie commémorative aura lieu dans le 15ème arrondissement devant la Mairie, au Monument aux morts, à 11h00 (rendez-vous à 10h45).

Nous reproduisons ci-dessous l’intervention de notre défunt camarade Emile Torner l’an dernier pour le 68ème anniversaire de la libération des camps de la mort.

Emile était très attaché à la personnalité de Marie-Claude Vaillant-Couturier, grande résistante communiste, déportée à Auschwitz et Ravensbrück. Marie-Claude Vaillant-Couturier a été témoin au procès de Nuremberg. Voici quelques extraits du récit qu’elle en a fait.

« ça me paraissait presqu’irréel. Nous nous étions dits : il n’est pas possible que nous mourrions toutes comme des rats. Il faut que ça se sache, que le monde le sache. Le tribunal de Nuremberg, c’était l’occasion suprême de le dire au monde. J’ai su par des journaliste qu’il y avait eu une certaine émotion car je suis passée très, très lentement et ils ont eu peur que je fasse un esclandre. Telle n’était pas mon intention. Je voulais simplement voir de près comment pouvaient être des hommes capables d’avoir accompli un tel crime et je voulais en même temps qu’ils me voient et que c’était par les yeux des millions de victimes, d’hommes, de femmes et d’enfants qui les voyaient et qui les jugeaient. C’est pour cela que je suis passée lentement ».

« En m’asseyant à la barre, je me dis : « Je parle pour toutes celles qui ne sont plus là. Pourvu que je n’oublie rien ».

« Quant au procès lui-même, je ne le trouvais satisfaisant, ni sur le fond, ni sur la forme. J’étais indignée par l’absence des dirigeants des grands Konzern allemands, le Krupp, Thiessen, Flick, Siemens, IG Farben, etc. qui, premièrement, avaient apporté leur soutien actif à la montée d’Hitler au pouvoir et ensuite avaient réalisé des profits monstrueux sur le sang versé et la vie de millions d’hommes, de femmes et d’enfants parmi lesquels les déportés raflés à travers l’Europe. »

Après Marie-Claude Vaillant-Couturier, avec notre camarade Emile Torner, en mémoire de tous leurs frères et sœurs de souffrance, exaltons la mémoire de celles et ceux qui « ont préféré la mort à l’esclavage et nous permettent ainsi de relever la tête dans le monde ».

 

Journée nationale du souvenir de la déportation, dimanche 28 avril 2013, cérémonie du 15ème arrondissement, devant le monument aux morts

 

Déclaration d’Emile Torner,

Ancien déporté à Buchenwald-Langenstein

Président de l’Association départementale des déportés, internés, résistants et patriotes de Paris

 

 

Mesdames et Messieurs les élus, chers camarades et amis, Mesdames, Messieurs,

Mes camarades m’ont confié la tâche de présider l’ADIRP de Paris, l’association départementale des anciens déportés-internés-résistants-patriotes.

Continuer à témoigner, c’est une bien lourde tâche pour nous, rares survivants, alors que notre nombre et nos forces déclinent inexorablement. Mais nous savons pourquoi nous le faisons et nous l’assumons encore, 68 ans après la libération des camps par les armées alliées.

Le temps presse. Jusqu’au bout, tout doit être fait pour établir, le plus incontestablement possible, la vérité, pour établir dans la société, « l’impossible oubli » de « l’indicible horreur » des camps de concentration. 

Mon camarade Charles Palant a relaté sa tragédie personnelle, les conditions de son retour. Mon ami, Maurice Obréjean, a évoqué le sort dramatique de sa famille. Notre camarade, Madeleine Rabitchov, qui regrette de ne pas être des nôtres, continue, courageusement, inlassablement à décrire ce qu’elle a vu : l’horreur absolue! Ainsi ces enfants juifs jetés vivants dans la chaux vive à Auschwitz.

A Langenstein, filiale de Buchenwald, mes compagnons et moi-même n’étions plus qu’un groupe d’esclaves destinés à être exploités jusqu’à ce que mort s’en suive, dans des usines souterraines, pour une durée calculée économiquement de 6 mois. A la Libération, 5 mois après mon arrivée, mourant, mangeant de l’herbe, je pesais 28 kilos!

Le système concentrationnaire nazi avait sa rationalité sinistre, tournée vers le profit de l’industrie et des konzerns allemands…

160.000 êtres humains, 85.000 résistants ou otages, 75.000 raflés suivant les critères raciaux de l’occupant, repris par le régime de Vichy, ont été déportés de France et conduits vers l’extermination immédiate dans les chambres à gaz ou vers l’extermination par le travail forcé. La moitié des premiers ont pu revenir grâce à la fin de la guerre, seulement 2.500 des seconds…

Saluons le travail des associations, des historiens, de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Une somme considérable de documents, de preuves, a été rassemblée. Mais contre le négationnisme, les révisionnismes, la Mémoire demeurera toujours un combat.

Le temps presse et, survivants, contrairement à nos espérances et convictions de la Libération, nous le vivons dans l’angoisse.

Pour l’instant, en France, on n’entend pas le bruit des bottes, sinon lointain et assourdi par le sable. Mais les déclarations et affiches xénophobes et racistes prolifèrent sur les ondes et les murs, sans parler d’internet. Des groupuscules extrémistes profitent de fins de manifestation pour tester leur agressivité. Des organisations, qui dissimulent bien mal leur filiation fasciste, atteignent en France, comme dans les autres pays d’Europe, des résultats électoraux inquiétants. Ils servent à détourner les peurs et détresses causées par le chômage de masse, par la crise du système économique.

Sans exagération, mais avec vigilance, voilà qui ne peut que nous rappeler un autre anniversaire. Il y a 80 ans cette année, Hitler accédait au pouvoir, en pleine crise économique. Le large soutien des tenants du système lui permet d’opérer en quelques mois un coup d’Etat aux apparences légales.

Dès 1933, les nazis ouvrent les premiers camps de concentration pour y torturer et enfermer les communistes, les syndicalistes, les antifascistes, les socialistes, puis tous les résistants démocrates. Dachau, dès le 21 mars !

s avril 1933, sont appliquées les premières mesures de discriminations antisémites.

En l’espace de 6 ans, c’est la guerre. En 12 ans, c’est le plus grand crime contre l’Humanité jamais perpétré, qui est également le pire désastre connu par le peuple allemand lui-même.

Le Parti national-socialiste n’avait rien de « socialiste » ni même de « national » !

L’horreur des camps avait une origine, une généalogie. C’est pour cela aussi, et même surtout, que nous témoignons !

En France, le fascisme n’est pas passé dans les années 30. Son avènement ne s’est produit que sous la coupe de l’occupant allemand, au sein de « l’Europe allemande », à la faveur de ce que l’historien, résistant et martyr, Marc Bloch a appelé « l’étrange défaite ».

N’oublions jamais que les 13.152 juifs, dont 4.115 enfants parqués dans le 15ème au Vel d’hiv en juillet 1942, avant de partir vers la mort via Drancy, ont été arrêtés par la police et la gendarmerie françaises !

En 2013, nous allons célébrer un autre anniversaire, celui du 27 mai 1943, le 70ème de la création du Conseil national de la Résistance, le CNR. L’importance de cette date ne doit manquer à personne.

L’unification des forces résistantes a eu des effets considérables dans la lutte pour le recouvrement de notre indépendance, pour la reconstruction du pays sur une base nouvelle.

Au cœur même des camps, le CNR a revivifié la résistance française. Ainsi à Buchenwald, un Comité des intérêts français a été constitué clandestinement, dans les pires conditions, avec à sa tête Marcel Paul, futur ministre communiste de la production et de la constitution d’EDF et de GDF nationalisés, et le colonel Frédéric-Henri Manhès, bras droit de Jean Moulin.

Une proposition de loi a été adoptée par le Sénat, le 28 mars dernier, pour faire du 27 mai une journée de commémoration nationale.

On ne peut que se réjouir de la quasi-unanimité des sénateurs de tous les partis en faveur de cette loi. Cependant, on ne peut que constater que l’œuvre du CNR est détruite pan par pan, année après années, par les majorités parlementaires successives auxquelles ils appartiennent…

Le 15 mars 1944, le CNR adoptait le programme qui allait largement inspirer les grandes réformes de la Libération.

Il estimait nécessaire « l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ». Aux yeux de tous, elles avaient trahi.

Les classes possédantes se sont révélées et disqualifiées dans la collaboration. La classe ouvrière a été la « seule classe, qui dans sa masse, sera restée fidèle à la patrie profanée » comme l’a si bien exprimé François Mauriac.

Le programme du CNR a représenté un compromis national, partant de cette expérience de la guerre, vécue par le peuple dans sa chair.

Ce compromis issu de la guerre a permis le relèvement du pays, des acquis sociaux et démocratiques aussi importants et féconds que les nationalisations des grands services publics et la sécurité sociale.

Mesdames, Messieurs, 68 ans après la Libération, la force de l’expérience de la Résistance et de la Déportation, se retrouve encore dans l’unité des votes au Sénat. Cette unité, je la retrouve au premier rang de cette cérémonie. Je m’en félicite, je vous en remercie. Je sais qu’elle reflète un sentiment fort animé par le mouvement populaire.

Du plus profond de mon expérience, parlant pour moi-même, mais certain d’exprimer le sentiment de mes camarades, je souhaite que cette unité s’exprime dans la fidélité et la défense des acquis de la Libération, si chèrement payés par la Résistance et la Déportation. Je vois à quel point notre combat pour la Mémoire rejoint les luttes d’aujourd’hui !

Mesdames, Messieurs, permettez-moi de conclure par l’avertissement célèbre d’un nos camarades allemands, déporté à Sachsenhausen et Dachau, le Pasteur Martin Niemöller.

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester
 

Par PCF - Section Paris 15ème - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

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